lundi 3 décembre 2012

Comprendre l'or !

Le général de Gaulle disait : « Celui qui parie sur les gouvernements et leurs monnaies papiers parie contre 6 000 ans d’histoire. » Pour Karl Marx, « la vraie monnaie par nature, c’est l’or et l’argent ». Nous avons l’illusion, et c’est un comportement humain parfaitement normal, que tout ce qui « est » aujourd’hui a toujours été et sera toujours. C’est ce que les psychologues nomment le principe de permanence. L’homme vit dans le présent. Nous avons donc une impression de stabilité. Et pourtant rien n’est plus faux.


Historique

L’espérance de vie d’une monnaie est d’en moyenne 19 ans.
Lorsque j’explique cela à mes étudiants, invariablement ils me répondent : « Ce n’est pas vrai puisqu’on a le franc depuis deux siècles !! » Certes et alors ? Il n’y a rien à voir entre le franc or de 1910 et le franc que nous avons quitté en 2001 lors du passage à l’euro. Le nom est le même bien sûr, mais la valeur intrinsèque de la monnaie n’a plus rien à voir. Prenons un exemple sur un siècle. En 1912, une pièce de 20 francs, en or, connue aujourd’hui sous le nom de « Napoléon 20F », permettait d’acheter un vélo. Aujourd’hui, cette pièce d’or vaut environ 260 euros… soit 1 705 francs de 2001 (je vous passe les conversions en anciens francs, en francs Pinay et autres joyeusetés). Or, si vous allez dans un magasin de sport, avec 260 euros vous pourrez acquérir… un vélo, pas un haut de gamme et bien souvent fabriqué en Chine !! Ce que nous venons de voir fonctionne pour toutes les monnaies papiers mondiales. Du dollar américain au yuan chinois.

Le rôle d’une monnaie 

 Pour comprendre l’importance de l’or dans l’histoire économique humaine, il faut revenir rapidement sur ce qu’est une monnaie. À quoi sert-elle ? Une monnaie a trois fonctions :
 - c’est un instrument comptable (qui sert à comptabiliser les échanges, à exprimer un prix, etc.) ;
 - c’est un instrument d’échange (qui sert pour réaliser toutes nos transactions d’achats et de ventes) ; - c’est un instrument de stockage de valeur (qui sert pour épargner. Epargner, c’est consommer plus tard l’argent gagné aujourd’hui). Un constat s’impose. Les deux premières fonctions sont parfaitement remplies par les monnaies actuelles. Hélas, l’aspect stockage de valeur a de tout temps, et encore plus aujourd’hui, présenté des failles immenses. Cela s’appelle l’inflation, qui érode le pouvoir d’achat de votre épargne.

L’histoire de l’or est indissociable de l’histoire de l’inflation 

 L’inflation est un phénomène économique central sur les monnaies. Expliqué simplement, c’est l’augmentation générale des prix. Vu de l’autre côté du miroir, c’est la perte de pouvoir d’achat de votre monnaie. L’inflation n’est pas linéaire dans le temps. Elle dépend de la politique monétaire menée par les États. Plus un pays va « imprimer » de monnaie, plus il faudra de quantité de cette même monnaie pour acheter la même chose. A l’extrême, si un pays imprime une quantité illimitée de monnaie, la perte de valeur sera elle aussi illimitée. Dès lors, on rentre dans ce que l’on appelle l’hyperinflation. Il faut retenir que si l’inflation c’est la perte de pouvoir d’achat de votre monnaie, l’hyperinflation, quant à elle, c’est la perte de confiance généralisée de tous les agents économiques dans leur monnaie. L’exemple le plus connu d’hyperinflation est celui qui a touché l’Allemagne dans les années 20, et où il fallait des brouettes entières de billets pour acheter une miche de pain. A cette époque, une once d’or valait environ 88 000 milliards de marks (il n’y a pas d’erreur dans le chiffre). Evidemment, ce n’était pas l’or qui était cher, mais le mark qui ne valait strictement plus rien. Aujourd’hui, une once d’or vaut environ 1 700 dollars. Or les banques centrales partout à travers la planète se sont lancées dans des politiques monétaires expansionnistes « illimitées ». En clair : on imprime autant de billets que nécessaire pour tenter de payer nos monceaux de dettes. Il n’y a rien d’original dans cette méthode puisqu’elle fut utilisée par l’Allemagne dans les années 20… pour payer les « réparations » de guerre imposées par les Alliés lors du traité de Versailles… avec le résultat que l’on sait.

L’or, une assurance tous risques

 L’or doit être compris comme une assurance tous risques et c’est de cette façon-là qu’il est utilisé depuis plus d’un siècle aussi bien par les particuliers et les ménages que… par les gouvernements et les banques centrales. Comme le dit Jean-François Faure dans son ouvrage L’or un placement qui (r)assure, « ce n’est pas lorsque ma maison brûle que je dois l’assurer, mais avant ! » Vous pourrez constater, sur les deux graphiques ci-dessous, la relation intime qui existe entre évolution de la masse monétaire et évolution des prix de l’or. Ce tableau présente l’évolution de la masse monétaire mondiale depuis 1995 comparée au PIB mondial. Le PIB est la richesse réelle produite par l’économie. La masse monétaire et le PIB doivent donc évoluer de façon relativement proche. Plus les courbes sont superposées, plus la croissance est « saine », la création de monnaie maîtrisée, et l’inflation basse. Dès lors, votre monnaie est forte. Vous pouvez constater qu’à partir de 2001 les deux courbes commencent à diverger de façon importante. Il faut de plus en plus de création de monnaie pour réussir à faire un peu de croissance de PIB. Économiquement, cette situation est malsaine. Elle est, à terme, hyper inflationniste. La monnaie devient faible puisque la quantité augmente sans aucune relation avec la richesse créée.

 
Notre deuxième graphique présente l’historique des prix de l’or depuis 2000. La comparaison de ces deux tableaux est édifiante. Jusqu’en 2001, les cours de l’or sont au plus bas niveau historique. Ils ne vont commencer à monter qu’à partir de l’année suivante 2002, quand les acteurs économiques vont commencer à prendre conscience des politiques monétaires expansionnistes menées après le 11 septembre afin de relancer l’économie. La conclusion est simple. Depuis 2001, les États créent de la monnaie sans restriction. L’or monte donc sans restriction et reflète la perte de pouvoir d’achat des monnaies. L’or ne monte pas depuis 10 ans. C’est la quantité de monnaie qui augmente. Il ne faut pas   se tromper dans l’analyse.

L’or est l’instrument de stockage de valeur par excellence

 L’or est donc un baromètre de la situation monétaire. Rien de plus. Rien de moins. Plus la quantité de monnaie en circulation sera décorrélée de la création de richesse réelle (augmentation du PIB) et plus l’or sera condamné à monter. C’est ce qui se passe. L’or est l’instrument de stockage de valeur universel depuis la nuit de temps. Il est reconnu mondialement. Il existe en quantité limité. Il est facilement transportable, facilement échangeable. Bref, l’or, comme le disait Marx, est par nature LA monnaie. Quant aux États, la tentation de faire marcher la planche à billets est inéluctable. Régulièrement, à travers l’histoire économique, les crises se finissent comme ça.  

Des facteurs de soutien en or !

D’autres phénomènes expliquent la montée vertigineuse du métal jaune, qui va se poursuivre pendant plusieurs années encore, sans exclure pour autant certains mouvements de consolidation (baisse) toujours possible, même dans un grand marché haussier. Les pays émergents. Dans les pays émergents – je pense à l’Inde, la Chine mais aussi au Vietnam par exemple –, il y a toujours eu une relation presque affective et culturelle avec l’or. Il sert d’épargne dans ces pays à forte inflation. Il sert pour les mariages, surtout en Inde. C’est un outil politique. Les banques centrales de Russie, d’Inde ou de Chine augmentent depuis plusieurs années leurs réserves d’or et rien n’indique que ce mouvement va s’arrêter. Au contraire. Les politiques économiques de création monétaire déstabilisent le SMI (système monétaire international). Des pays de plus en plus nombreux de la Chine au Brésil, sans oublier la Russie ou les Pétromonarchies du Golfe, souhaitent s’abstraire du dollar comme devise dans les transactions commerciales internationales. Le retour de l’étalon-or pour asseoir la valeur d’une monnaie sera certainement le fait de pays émergents souhaitant mettre fin à l’hégémonie du roi dollar. La hausse de l’or reflète aussi ce combat politique vers un monde monétaire multipolaire. Tableau des réserves d’or par Banque Centrale exprimées en tonnes. Si on additionne l’ensemble des réserves d’or des pays européens, l’Europe est la zone économique la plus riche en or. Les Français, à titre individuel, sont parmi les plus gros détenteurs d’or. Une véritable chance pour l’Europe en général, et pour notre pays en particulier.


Une nouvelle donne économique

 Le principal reproche fait à l’or et au système de l’étalon-or est qu’il ne permet pas une croissance de la masse monétaire suffisante pour avoir une croissance économique forte, puisque les quantités d’or sont limitées. Justement, l’intérêt de l’or est qu’il soit en quantité limitée. C’est ce qui lui donne sa valeur et son caractère de « stockage » de valeur à travers le temps. Mais passons. Vendredi 14 septembre 2012, le président de la République François Hollande a prononcé un discours, lors de la conférence environnementale, dont les propos sont certainement les plus importants tenus par le nouveau chef de l’État. Lors de cette conférence, François Hollande a esquissé un diagnostic et un certain nombre de solutions. Il a également montré sa compréhension des défis majeurs auxquels nous sommes d’ores et déjà confrontés et que nous devons relever. Le monde va radicalement changer. Le constat Pour François Hollande, nous rentrons dans l’ère de la sobriété, de la rareté. Tout a été dit dans ce discours et, pour la première fois, cela est expliqué par la plus haute autorité de l’État. Discours consultable dans son intégralité ici :

Notre modèle économique, hérité de la révolution industrielle, est basé sur le concept de la consommation de masse, permettant une croissance infinie grâce à de l’énergie abondante et peu coûteuse. La croissance infinie dans un monde fini est une aberration intellectuelle. Quant à l’énergie abondante et peu coûteuse, il n’en est plus rien. Bien moins abondante pour certains, et clairement plus coûteuse pour tous. Le siècle du partage Notre siècle sera celui du partage ou des guerres… Pour prendre conscience de ce défi du partage, nous reproduisons ci-dessous le graphique de l’évolution de la population mondiale. En un siècle, nous sommes passés de 1 à 7 milliards d’habitants sur la planète. La liste des défis est vertigineuse. Défi alimentaire, environnemental, énergétique, d’accès aux ressources en eau, etc. Notre planète ne dispose tout simplement pas de ressources suffisantes pour permettre à l’ensemble de l’humanité de consommer comme l’Américain moyen. Si le terme sobriété est plus « vendeur » que le terme de « décroissance », c’est quand même bien de cela qu’il s’agit. La crise que nous vivons n’est pas une crise parmi d’autres et une crise passagère. C’est une crise de changement de modèle économique. Nous passons de la croissance infinie dans un monde fini à la décroissance environnementale par manque de ressources. Evolution de la population mondiale. En langage économique, cela s’appelle une « bulle » démographique. L’ère de la rareté Nous rentrons dans l’ère de la rareté. Dès lors, le problème de la croissance monétaire pour accompagner la croissance des PIB ne se pose plus. C’est l’inverse qu’il va falloir au contraire gérer. Le principal reproche fait à l’or va donc disparaître. Je peux vous assurer que cette nouvelle donne économique n’est pas encore prise en compte dans les cours, qui se contentent pour le moment de valoriser la création monétaire excessive. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Alors que le monde occidental au sens large croule sous les dettes, la fuite en avant dans la création monétaire a été entérinée ces derniers jours par l’ensemble des banques centrales. QE3 de la FED illimité, de même que pour la BCE les rachats d’obligations d’États en difficulté seront illimités. La création monétaire est donc officiellement illimitée. La hausse des cours de l’or sera donc par conséquence illimitée. Tout cela se terminera par une crise monétaire majeure et mondiale. La perte de confiance dans les monnaies sera totale. Pour sortir de cette future crise monétaire, il faudra redonner confiance aux agents économiques. A ce moment-là, tout le monde se souviendra d’un système économique qui s’appelait l’étalon-or. Comment placer mon argent et sécuriser mon patrimoine ? Constat n°1: Les monnaies perdent et perdront encore plus de leur valeur dans les années qui viennent. Conséquence : Il ne faut pas détenir de monnaie. Il vaut mieux avoir de l’or. Constat n°2 : Il va falloir nourrir 7 milliards d’habitants avec des terres qui disparaissent… Conséquence : Il vaut mieux avoir des terres que de la monnaie. Nous pensons que si l’assurance vie a été le meilleur placement des 30 dernières années, il sera le plus mauvais des trente prochaines années. Il n’y a aucun intérêt à prêter via les fonds euros à des États en faillite qui rembourseront au mieux en « monnaie de singe ». Nous pensons que le meilleur placement sera les terres agricoles. Nous pensons que le deuxième meilleur placement sera l’or, puis l’argent (métal). Vous devez donc effectuer la bonne répartition entre argent « monnaie », et actifs tangibles qui vous préserveront de l’inflation à venir. C’est à vous de placer le curseur là où vous le souhaitez, en fonction de vos convictions.
Bonne chance et bon courage.

auteur : Charles Sannat

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