vendredi 26 avril 2013

Une sortie de l'Allemagne de la zone euro ? Pourquoi Georges Soros a tort

L'été dernier, le financier George Soros invitait l'Allemagne à accepter la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES), appelant le pays à « diriger ou se retirer. » Il considère aujourd'hui que, si l'Allemagne entend continuer de faire obstacle à l'introduction des euro-bonds, elle devrait alors quitter la zone euro.
Soros joue véritablement avec le feu. Une sortie de la zone euro, tel est en effet précisément ce à quoi aspire le parti récemment formé et baptisé « Alternative pour l'Allemagne, » tirant son soutien d'une large proportion de la population allemande.

Le temps presse. Chypre est quasiment en passe de sortir de l'euro, l'effondrement de ses banques ayant certes été retardé par la fourniture par la BCE de liquidités d'urgence, tandis que les partis eurosceptiques dirigés par Beppe Grillo et Silvio Berlusconi ont rallié au total 55% du vote populaire aux dernières élections générales italiennes.
Par ailleurs, il est peu probable que les Grecs et les Espagnols supportent plus longtemps le poids de l'austérité économique, le chômage des jeunes approchant chez eux 60%. Pendant ce temps, le mouvement pour l'indépendance de la Catalogne suscite un tel élan qu'un important général espagnol a averti qu'il enverrait l'armée à Barcelone si la province avait l'audace d'organiser un référendum sur la question d'une sécession.

La France dans l'incapacité d'honorer ses engagements
La France se heurte, elle, aussi à des problèmes de compétitivité, et se trouve dans l'incapacité d'honorer ses engagements en vertu du Pacte budgétaire de l'Union européenne. Le Portugal a, quant à lui, de nouveau besoin d'un plan de sauvetage, et la Slovénie pourrait, elle aussi, bientôt solliciter une aide.
De nombreux investisseurs font écho à Soros. Ils souhaitent en effet limiter les pertes, en déchargeant la toxicité de leurs instruments sur les sauveteurs intergouvernementaux susceptibles de les payer grâce aux fruits de la vente d'euro-bonds, désirant voir leur argent placé en un lieu plus sûr. Les peuples font d'ores et déjà l'objet de sollicitations mal avisées dans un effort d'épongement des titres toxiques et de soutien des banques les plus fragiles, les institutions financées par les contribuables, comme la BCE, et autres plans de sauvetage ayant à ce jour apporté 1.200 milliards d'euros (1.600 milliards de dollars) en crédit international.
Si Soros a raison, et que l'Allemagne doit faire un choix entre les euro-bonds et une sortie de la zone euro, de nombreux Allemands préfèreront très certainement quitter l'euro. Il serait alors probable que le nouveau parti politique allemand suscite de plus en plus de soutien, et que l'état d'esprit change. Il en serait alors fini de l'euro lui-même ; son principal objectif n'était-il pas en effet de rompre la domination de la Bundesbank en matière de politique monétaire.

Georges Soros est dans l'erreur
Seulement voilà, Georges Soros est dans l'erreur. Pour commencer, il n'existe aucune base juridique à sa proposition. L'article 125 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne interdit expressément la mutualisation de la dette.
Pire encore, Soros échoue à reconnaître la véritable nature des problèmes de la zone euro. La crise financière actuelle est le simple symptôme du mal sous-jacent qui touche l'union monétaire : la perte de compétitivité de ses États membres du sud. 
L'euro a permis à ces pays d'accéder au crédit à bas prix, lequel a été utilisé pour financer des augmentations de salaires qui n'ont pas été soutenues par des gains de productivité. Ceci a abouti à une explosion des prix et à des déficits extérieurs colossaux.
Le fait de maintenir des prix et des revenus nominaux excessifs dans ces pays, au moyen d'un crédit artificiellement bon marché et garanti par d'autres États, ne peut que rendre la perte de compétitivité d'autant plus permanente. L'ancrage de relations débiteur-créancier entre les États de la zone euro ne peut quant à lui qu'alimenter les tensions politiques - comme cela fut le cas aux États-Unis dans les premières décennies du pays.

L'Espagne serait contrainte de baisser ses prix de 22 à 24%
Afin de retrouver de la compétitivité, les États du Sud devront réduire le prix de leurs produits, et les États du Nord accepter une inflation plus élevée. Or, l'existence d'euro-bonds entraverait précisément cette issue, dans la mesure où les prix relatifs au nord ne peuvent être augmentés que lorsque les épargnants du nord investissent leur capital sur leur territoire, et non lorsque ce capital est officiellement escorté vers le sud dans le cadre de garanties de crédit financées par le contribuable.
D'après une étude conduite par Goldman Sachs, des pays comme la Grèce, le Portugal et l'Espagne vont devoir devenir 20 à 30% moins chers, et les prix allemands augmenter de 20% par rapport à la moyenne de la zone euro. Certes, si l'Allemagne venait à sortir de la monnaie unique, le retour à la compétitivité serait plus aisé pour les pays du sud dans la mesure où l'euro reliquat ferait l'objet d'une dévaluation ; mais la difficulté fondamentale des États en crise persisterait aussi longtemps que les autres pays compétitifs demeureraient au sein de la zone euro. L'Espagne, par exemple, serait encore contrainte d'abaisser ses prix de 22 à 24% par rapport à la nouvelle moyenne de la zone euro.
Dans une telle perspective, les pays en crise n'échapperaient pas à une réduction douloureuse des dépenses aussi longtemps qu'ils évolueraient au sein d'une union monétaire réunissant un certain nombre d'États compétitifs. La seule manière d'éviter cela consisterait pour eux à sortir de la zone euro afin de dévaluer leur nouvelle monnaie. Ce n'est cependant pas la voie vers laquelle ils semblent jusqu'à présent s'orienter.

Le Rhin réapparaîtrait en tant que frontière entre la France et l'Allemagne
Sur le plan politique, une sortie de la zone euro constituerait de la part de l'Allemagne une erreur considérable, dans la mesure où le Rhin réapparaîtrait en tant que frontière patente entre la France et l'Allemagne. La réconciliation franco-allemande, réussite la plus significative de la période d'après-guerre en Europe, s'en trouverait mise à mal.
Ainsi, aussi déplaisante puisse-t-elle paraître à certains États, la seule option restante consiste à resserrer les contraintes budgétaires au sein de la zone euro. Après des années de crédit facile, il est temps de revenir à la réalité. Il appartient aux États en faillite d'informer leurs créanciers de leur incapacité à honorer leurs dettes. Quant aux spéculateurs, il leur faut endosser la responsabilité de leurs décisions, et cesser de solliciter les deniers du contribuable dès lors que leurs investissements tournent mal.

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